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16 mars en Moldavie : un président, une manif des communistes et une manif d’extrême-droite. Photos.

Après trois ans sans président, le parlement moldave vient d’en élire un. Soixante-deux députés sur 101 ont voté pour Nicolae Timofti. Il en fallait 61, tout semble donc aller pour le mieux. À un détail près, la loi imposait la dissolution de la Chambre il y a quelques semaines, car elle n’avait pas élu de président à temps. Le parti Des Communistes (et non pas le Parti communiste, auto-dissout il y a des lustres) et quelques autres de moindre importance, considèrent donc, avec certains arguments légaux, que cette élection est anticonstitutionnelle car la Chambre n’avait plus de droit de siéger et encore moins de prendre une décision d’une telle importance.

À la suite de cette élection, il y a eu (au moins) trois manifestations aujourd’hui. Tout d’abord, ce matin, quelques centaines de personnes (deux mille selon les organisateurs), dont certaines très agressives, se sont réunies pour soutenir la décision du Parlement. Je suis arrivé trop tard sur le site qui était encore protégé par des barrières. La police anti-émeutes, que je voyais pour la première fois en Moldavie, était encore présente, bien que cachée dans un parking fermé. Leur tenue de protection de style « samouraï » faisait ressembler les fonctionnaires à de menaçants insectes géants. Il y avait aussi une équipe de policiers en civil sur place, une discrète oreillette transparente attestant de leur fonction, et quelques téléjournalistes.

Manifestations à Chisinau.

En fin de matinée, le barriérage est encore présent sur le lieu de la manifestation agressive du matin.

Manifestation et contre-manifestation.

Le parti Des Communistes a appelé à manifester contre la décision du parlement. Face au monument de Stefan-cel-Mare, l’extrême-droite commence à préparer une contre-manifestation, en brandissant un drapeau… roumain. Afin de faciliter la lecture des images de la galerie postée en fin d’article, j’ai postraité les photos des extrémistes en noir et blanc.

Manifestations à Chisinau.

Le noyau dur de l'extrême-droite locale se regroupe devant la statue de Stefan-cel-Mare. Une invalide, un porte-drapeau et l'inamovible... John Onoje.

La circulation des transports en commun ayant été interrompue, je prends un taxi pour photographier la manifestation des communistes. Je suis habitué à voir plus de journalistes que de manifestants, je suis donc surpris, en arrivant, de voir que c’est par milliers que les gens se mettent en place sur le bd Negruzzi. La manifestation s’ébranle et emprunte l’incontournable boulevard Stefan-cel-Mare en respectant le sens de circulation.

Elle arrive devant le siège du gouvernement où une grande tribune a été dressée. Une vingtaine d’extrémistes de droite sont déjà sur place, devant l’arc de triomphe, sur l’autre trottoir. Mais la police est présente et la taille du dispositif est suffisante pour éviter tout incident. Les extrémistes s’énervent tout seuls et tentent de se détendre en jouant De profundis, morpionibus à la trompette ! (peut-être que, pour eux, cet air burlesque à une signification cachée.)

Un autre cordon de police, bien moins dense que le premier, se déploie pour tenir les communistes à distance. Ces fonctionnaires-là portent une chasuble jaune. Les manifestants manœuvrent pour occuper l’espace qui leur a été réservé. Ils sont visiblement plus de 10 000 — les organisateurs annonceraient le double.

Je dois brièvement négocier avec les policiers pour passer d’une manif à l’autre afin de faire des photos. Craignant une provocation, ils me demandent de quel côté je manifeste. Une fois encore, le fait d’être français sert de sésame : « Je vous en prie, vive la France ! » me dit un officier, fier de connaître un peu de français.

Après un moment, les deux groupes ont été gentiment écartés l’un de l’autre et le trafic est rétabli. Je sais que ça peut paraître surréaliste, mais ce pays est surréaliste.

Les orateurs se succèdent, parlant russe ou moldave, et parfois un mélange des deux. Je ne comprends pas encore beaucoup de tout ça mais je saisis que l’on insiste sur la multiculturalité du pays et sur la richesse de son passé soviétique, on parle des Gagaouzes, des Ukrainiens… qui vivent ici depuis des siècles. Les consignes plusieurs fois répétées sont d’éviter tout incident avec les provocateurs et « s’il vous plaît, de rentrer à la maison ». Vladimir Voronine prend la parole le premier et la reprendra plus tard. Les slogans scandés par les participants sont, eux aussi, parfois en moldave (jos alianta : à bas l’alliance — celle des partis qui viennent d’élire un président) et parfois en russe (pobeda ! : victoire !).

Rendez-vous est pris pour de nouvelles actions à partir du 1er mai.

On se disperse en musique, une version « remix rock » de Bandiera rossa, paroles originales en italien.

Un pays surréaliste.

Des policiers affables, un communiste qui pense que Karl Marx a été inspiré par Stefan-cel-Mare, l’extrême-droite qui a pris un immigré africain fraîchement naturalisé comme mascotte… Ce pays est totalement incompréhensible au premier abord et ne se laisse approcher que lentement, et seulement si l’on veut se laisser apprivoiser par lui.

À la fin de la manifestation, un vieux communiste vient me voir et me demande si je sais d’où vient la tradition du martisor que je porte à la poitrine. Il tente alors de m’expliquer que ça vient des Daces. Il ajoute qu’il a étudié le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et que, manifestement, c’est Stefan-cel-Mare (qui « était Dace » !) qui l’a inspiré. Ce gentil vieux monsieur parle moldave, russe, allemand et portugais. Malheureusement, nous n’avons pas encore de langage commun et je ne peux approfondir la question avec lui. Mais j’en reste un rien abasourdi.

En face, John Onoje est toujours le premier des manifestants. Récemment nationalisé, il parle mal moldave et pas du tout russe mais veut quand même devenir président de la République. Il semblerait que je n’ai pas été le seul à être surpris de le voir dans un costume de luxe, alors qu’il vivrait en vendant des journaux dans la rue. Aujourd’hui, il a mis une tenue plus en rapport avec son statut officiel qu’avec son ambition présidentielle. Ça ne nous dit toujours pas qui est derrière tout ça, et je ne suis pas sûr qu’on le sache un jour.

Non contente de manifester avec un Noir, ici, l’extrême-droite manifeste avec un drapeau étranger : le drapeau roumain. Surréalisme encore…

Et, ici, la police est très généralement courtoise et attentionnée, même en cas d’infraction, alors que beaucoup de commerçants sont de vrais gougnafiers et s’adressent brutalement à leurs clients…

Bon, il est temps de poster cet article, nous reviendrons sans doute bientôt sur ces sujets. Je vous livre, en vrac, une galerie de photos de cette journée de manifestations. Malheureusement sans celle du matin.

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Transnistrie, 25 décembre 2011 : second tour des élections présidentielles

Les estimations recueillies sur place donnent Chevtchouk (Шевчук) gagnant de façon assez nette. La participation serait en forte baisse.

Au second tour, il n’y a pas de taux de participation minimum pour valider les élections. Il y aurait annulation si l’option « contre tous les candidats » arrivait en tête, ce qui est peu imaginable.

Plus d’informations bientôt dans cet article. Un commentaire sera posté pour les signaler.

Suite :

Retour à Tiraspol’ pour le second tour des élections présidentielles.

Je vous avais rapporté quelques impressions du premier tour des élections (voir cet article). Aujourd’hui, retour sur place pour le second tour.

Voyage aller en taxi pour changer un peu (un peu plus de 15 euros). Rien de neuf à signaler, sauf que le conducteur préfère faire le plein de GPL à Chişinău qu’à Tiraspol‘. Il dit que le carburant est beaucoup moins cher ici. Retour en minibus : rien de particulier à signaler non plus, sauf qu’un voyageur ayant dépassé l’heure limite de son « visa » est invité à descendre du bus pour un contrôle, il y va avec le sourire et revient cinq minutes plus tard, toujours souriant.

Petite visite de quelques bureaux de vote. Seuls changements notables :

  • Il y a deux candidats au lieu de six (c’est le second tour !) ;
  • Certains bureaux qui diffusaient de la musique de variété à l’extérieur ne le font plus (d’autres continuent de le faire).

En dehors de ça, à part le bris de deux « sucettes » d’affichage vite réparées (il y avait encore des éclats de verre par terre), Tiraspol’ continue de ressembler à une tranquille petite ville de banlieue par un dimanche d’hiver. Une photo sera bientôt ajoutée à cet article. Photo ajoutée en bas de page.

À noter : très bons sushis, à des prix plus intéressants qu’à Chisinau, rue du 25 Octobre, dans un resto tout neuf 🙂

Aucune tension n’est perceptible, pourtant les gens s’attendent à des changements dans la province indépendante : « En bien ou en mal, qui peut savoir ? »

Comment se fait-il qu’un outsider comme Shevchuk (Biographie, en russe, d’Eugène Chevtchouk / Евгений Васильевич Шевчук) puisse arriver en tête des élections (imaginez Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon gagnant en France en 2012 !) ? Plusieurs réponses sont données. Il ne m’est pas possible de savoir si elles sont seulement celles des personnes rencontrées ou si elles seraient aussi proposées par beaucoup de gens :

  • usure du pouvoir, Smirnov est président depuis 20 ans et la nouvelle génération n’a pas connu la guerre ;
  • Smirnov a tenu toutes ses promesses et il n’en a pas de nouvelles, il faut passer à quelque chose de neuf (je conçois que l’argument puisse paraître surréaliste en France) ;
  • Chevtchouk est un enfant du pays, ça inspire confiance ;
  • Kaminskij a pu apparaître comme un « clone » de Smirnov, du fait de ses liens (réels ou supposés) avec le groupe commercial Sheriff…

Je ne me risquerai pas à des prévisions relatives aux conséquences de ces élections, la situation est bien trop complexe ici. Mais vous aurez des infos… s’il y en a.

A bientôt. 🙂

Claude.

PS : Vous pouvez trouver plus d’informations locales en français sur ce site : http://radiopmr.org/golos/list/7/

L'une des deux "sucettes" vandalisées

L'une des deux "sucettes" vandalisées

En passant par la Transnistrie… lors des élections présidentielles.

NB : l’article sur le second tour de ces élections présidentielles est en ligne ici.“Trou noir”, “enfer stalinien”, “lieu de terreur”, “empire de la mafia”… Doux mots que l’on trouve dans la presse pour qualifier la Transnistrie. Encore pire que pour le reste de la Moldavie (que personne ne nomme sans ajouter “pays le plus pauvre d’Europe” ou “et la Syldavie”).

Localisation de la Transnitrie.

Carte de la Moldavie

La Moldavie est, ma foi, un pays sympathique dont j’ai eu l’occasion d’écrire du bien. J’étais allé deux fois dans sa province rebelle de Transnistrie (ou PMR, Приднестровская Молдавская Республика, République moldave de Pridnestrovie, le nom qu’elle s’est donné). La première fois j’y suis parti inquiet, impressionné, je l’avoue, par la rumeur. Je n’ai rien remarqué de spécial, sauf que la police n’y était pas armée (comme, la plupart du temps, dans toute la Moldavie), que je n’ai subi aucun contrôle, que les gens avaient bien des jambes et non des tentacules, ainsi qu’une seule tête. J’y suis retourné, pour constater qu’il y avait de fort charmantes jeunes filles en bikini minimal sur la plage au bord du Dniestr, à une grosse centaine de mètres de “la” fameuse statue de Lénine qui orne tant d’articles.

Dimanche, il y avait des élections présidentielles en PMR, élections un peu spéciales : la PMR n’est reconnue par aucun État de l’ONU. Je me suis dit que j’allais voir quelque chose d’extraordinaire. En effet, de nouveaux articles faisaient état, encore, d’un lieu abominable où il est difficile d’entrer et d’où l’on ne peut s’échapper. À se demander comment tous ces héros de plume (ou de duvet ?) sont encore vivants. La chance, sans doute.

Je suis donc à Chisinau, capitale de la Moldavie, choix étrange aux yeux de certains et je m’embarque vers… la Transnistrie. Tout Français de bon sens en conclura que je suis soit fou soit affabulateur. Je prévois donc de rapporter quelques preuves, comme le ticket de change en roubles locales, avec timbre à date, cliché posté le jour-même sur “Picassa” et relayé sur “Fessebouc”.

Roubles transnistriens

le ticket de change en roubles locales, avec timbre à date

NB : En cliquant sur les clichés, vous pouvez les agrandir. (Droits réservés).

En route pour l’aventure.

Je n’y vais pas en sous-marin, je ne creuse pas de tunnel, je ne rampe pas sous les barbelés : je prends le bus de la ligne régulière.

Non ?

Si : environ deux euros l’aller simple.

Ô surprise, je ne suis pas seul dans le bus ! Il est presque plein. Tous suicidaires ? Ou alors, cet étrange conducteur coiffé d’une casquette historique est le Hollandais volant ; me voici dans l’Autobus fantôme, parmi un peloton d’âmes défunctes allant franchir, non le Dniestr, mais le Styx ! D’ailleurs, l’accompagnatrice (on a droit à une accompagnatrice) est venue avec une petite fille qui a l’air charmant mais fait d’épouvantables grimaces en grognant : “Ya babouchka ! Ya babouchka !” d’un ton féroce. Je prends place près d’une fenêtre, qui me servira d’affût pour quelques photos rapides. Voulant être léger et mobile, j’ai pris un “compact”, les photos n’ont donc qu’une valeur illustrative.

Ligne d'autobus, de Chisinau à Tiraspol

je prends le bus de la ligne régulière.

L’accompagnatrice nous distribue des imprimés à remplir : nom, date de naissance, etc. En traitant la photo en mode “sépia”, ça serait plus impressionnant… Une heure et quelques arrêts plus tard, nous arrivons à la “frontière”. Une ligne de cessez-le-feu respectée depuis 20 ans. Passage du poste moldave officiel de “douane interne”, un simple ralentissement. Passage du poste des soldats de la Paix (contingent composé de Russes, de Moldaves “officiels”, de Moldaves de PMR et d’observateurs ukrainiens) : facile de faire peur avec des photos un peu retravaillées, mais le bus n’observe qu’un autre ralentissement. Arrivée au poste de la PMR. Tout le monde descend et tend son passeport au douanier. Nous allons l’attendre dans le petit bâtiment où se trouvent les guichets d’enregistrement. Un avantage sur la plupart des douanes routières où l’on attend dehors, parfois abrité de la pluie mais jamais des vents d’hiver. Cinq minutes plus tard, nos passeports sont posés sur une tablette. Comme je suis empêtré dans mes quatre mots de russe et de moldave, les passagers m’invitent à passer devant. Le douanier me demande mon adresse en PMR : je lui répond que je n’en ai pas et que je rentre le soir même. Il me rend la moitié du papier avec mention en rouge de l’expiration de mon “visa” : 22 h 29. Pourquoi 29, je n’en sais foutre rien, mais j’ai mon “visa” et aucune question étrange ne m’a été posée, rien à voir avec ce que subissent mes amis qui passent la “frontière” de Schengen (photos, prise d’empreintes, preuve de revenus, autorisation de l’employeur…). Et ils n’auront pas un visa d’un jour en se présentant à la douane. Nous remontons dans le bus et franchissons bientôt un fleuve. Le Dniestr, et non le Styx.

L'imprimé pour passer la "frontière"

En traitant la photo en mode “sépia”, ça serait plus impressionnant…

Le poste frontière officiel

Passage du poste moldave officiel de “douane interne”, un simple ralentissement.

Le poste de la Force internationale

facile de faire peur avec des photos un peu retravaillées, mais le bus n’observe qu’un autre ralentissement

Poste frontière de la PMR

le petit bâtiment où se trouvent les guichets d’enregistrement

Pont sur le Dniestr

Le Dniestr, et non le Styx.

Les deux principaux candidats — Igor Smirnov, président sortant et Anatole Kaminskiy, président du Conseil — ont droit à beaucoup d’affiches en 4×3. Arrêt à Bender (et non “Bendera” comme l’écrivent certains). Nous repartons, entrons dans Tiraspol, passons devant plusieurs bureaux de vote et arrivons à la gare : terminus. Le dernier départ est à 18 heures, il est environ 13 heures et je veux une marge de sécurité : j’ai quatre heures pour glaner quelques impressions, observations, photos et vidéos.

Transnistrie, affichage électoral

Anatole Kaminskiy, président du Conseil

Transnistrie, affichage électoral.

Igor Smirnov : « la République n’est pas à vendre. »

Affichage électoral en Transnistrie

Oleg Khorzhan : candidat du parti des communistes

L'autobus arrive à Tiraspol

L’autobus arrive à Tiraspol

À Tiraspol’

Vperod ! (En avant !). Premier arrêt : deux jeunes personnes me demandent pour qui j’ai voté (il y a un bureau de vote à côté) : sondage à la sortie des urnes. On rit beaucoup et ils acceptent d’être sur la photo. Personnellement, ils ne m’ont pas fait très peur. A grands pas, je me dirige vers le centre. Je passe devant le magasin d’usine du (très bon) “Kognyak” local et me promets de m’arrêter au retour. Il  y a des affiches électorales un peu partout. Par ordre de surface d’affichage décroissante, Igor Smirnov, Anatole Kaminskiy, Oleg Khorzhan, candidat du parti des communistes et Eugène Chevtchouk, ancien président du Conseil, surtout présent sur des vitrines de magasins. J’ignore encore qu’il y a deux autres candidats, sans doute manquant de budget. Un peu comme en France, quoi : il y aura plus d’affiches de Sarkozy ou de Hollande que de Mélanchon et de de Villepin. Pas de “guerre des affiches”, chacun colle à côté de ses adversaires.

Tiraspol : sondage à la sortie des urnes

Personnellement, ils ne m’ont pas fait très peur.

Je tourne à droite, en direction de la plage. De la musique, au loin. Une esplanade près du cinéma : voici l’armée. Sur une estrade pavoisée, des militaires donnent un concert. J’enregistre quelques vidéos (oui, il me faut un steady-cam et un Nagra, mais…) puis rejoins le palais présidentiel, celui qui est derrière “la” statue de Lénine. En pleine élection, pas un  seul flic ou soldat en vue. Pour un Français, ne pas voir de service de sécurité surarmé devant un bâtiment officiel, c’est un peu surréaliste. J’avais constaté une situation similaire à Chişinău.

Brève vidéo du palais présidentiel : pas un flic en vue.

Je fais demi-tour. Le concert continue : deux solistes, en tenues traditionnelles, chantant en ukrainien et en moldave. Une fanfare de jazz commence à jouer mais, pressé par le temps, je repars en chasse. Une vieille dame ouvre un portail vert, près de la représentation diplomatique de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Je lui demande où sont les bureaux de vote (je garde celui de la gare pour la fin). Quand je lui explique que je suis français, ses yeux s’illuminent, elle dit : “Français !” puis : “Bonjour !”. Elle s’excuse d’avoir oublié le français appris à l’école et, n’y tenant plus, me serre dans ses bras et m’embrasse très fort sur les deux joues. Elle m’indique les deux bureaux les plus proches. “Au revoir !”… Nouvelle embrassade et sourire radieux de la vieille dame.

Concert militaire à Tiraspol

CLIQUER sur l’image pour voir quelques vidéos du « concert militaire » sur « Youtube »

Dans les bureaux de vote de la PMR !

Je passe devant le siège du Conseil, auquel semble faire face l’état-major de campagne d’Anatole Kaminskiy et arrive au niveau de l’université, qui sert de bureau de vote. Je fais une erreur stupide : je prends une photo de l’extérieur avant d’entrer. Rapidement, un gardien arrive et me dit que les photos sont interdites : ça commence mal. Je m’excuse (la moindre des politesses) et lui demande si je peux entrer. Il râle un peu, puis appelle un policier et un militaire (sans arme, ni l’un ni l’autre) avec qui je commence à négocier mi en russe, mi en anglais. Je n’ai pas d’accréditation et : “Je n’en ai pas besoin car je ne suis pas journaliste” reste un peu faible. Je leur demande s’il y a quelque chose à cacher dans le bureau de vote et cet argument-là semble porter. Ils insistent sur le fait que photographier des gens qui votent pourrait faire pression sur les électeurs. On finit par tomber d’accord : je peux entrer, mais ni photo, ni vidéo. Deal ! 🙂

Le flic qui parle anglais m’accompagne pour éviter de nouvelles négociations à l’intérieur. On m’ouvre une barrière pour me montrer des affiches retraçant l’histoire de l’université. Il y a une longue  table avec des officiels où les gens émargent en présentant une pièce d’identité, trois isoloirs tendus d’un rideau bleu et plusieurs personnes qui “font galerie”, sans doute les représentants des candidats. Rien de surprenant, sauf que l’urne est transparente et qu’elle trône au milieu de la pièce. Il n’y a qu’un modèle de bulletin (je sens déjà comment cette phrase pourrait être sortie de son contexte). Tous les candidats y sont mentionnés et l’on coche une case. Contre un mur, les professions de foi de six candidats, sur des affichettes similaires. Les bulletins comportent une septième case : “Contre tous les candidats”. Je pense qu’il serait bon de s’inspirer de cette tradition, qui éviterait certains votes “protestataires”.

Eugène Chevtchouk, ancien président du Conseil

Eugène Chevtchouk, ancien président du Conseil

Je reprends ma route en sens inverse. Au niveau du siège du Conseil, je tourne à gauche en direction de la musique (il y a des hauts parleurs et de la musique de variété devant les bureaux de vote). Au bureau au bout de la rue, je ne fais pas la même erreur et entre. La configuration est la même. Une affiche sur un pilier carré : le nombre de votants à différentes heures. Près de l’entrée, une grande table couverte de pâtisseries colorées et quelques sodas. Un coup d’oeil sur l’heure : il est temps de me rapprocher de la gare.

Tiraspol : affichage électoral

chacun colle à côté de ses adversaires.

Arrêt chez Kvint, le fabricant local de “Kognyak”. Ils ont fermé la boutique. Deux solides gaillards se dirigent vers la porte, je leur dis que c’est fermé ; ils m’invitent à les suivre vers l’autre magasin, ouvert 24/24. L’un a quelques mots de français, l’autre revient du Pérou. On me demande où j’habite en France et on regrette que ce ne soit pas “en Gascogne, le pays du Cognac”. Quand je pense que la majorité des Français est incapable de situer la Moldavie sur une carte !

Hop ! une bouteille “pour les femmes” et une “pour les hommes”. Emplettes faites, je repars. Le jeune homme au brassard est là, la jeune fille a été remplacée. On a un peu de mal à échanger mais ils sont de nouveau contents de voir un Français. Je fais un tour dans le bureau de vote : il est similaire aux deux autres, jusqu’à la couleur des rideaux des isoloirs.

Réseau cellulaire "Orange" en Transnitrie

Le réseau cellulaire « Orange » couvre toute la Moldavie, y compris la PMR. (Photo prise près du concert)

Je reviens de Transnistrie !

J’achète mon billet à la gare. J’attends un peu, le froid tombe avec l’humidité. Puis j’embarque dans un minibus plein comme un œuf : il y a même un coussin pour qu’une marche offre un siège supplémentaire.

Une heure plus tard, passage de la ligne de cessez-le-feu. Au poste transnistrien, un douanier monte à bord, dit bonjour, ramasse les passeports et les “visas”. J’en entends un autre ouvrir le coffre à bagages. Le bus avance pour dégager le passage, on attend quelques minutes le retour des passeports et on redémarre.  Passage du poste de la force de maintien de la Paix. Arrêt au poste de “douane interne” : simple visite du coffre à bagages tandis qu’un véhicule particulier semble subir une fouille plus approfondie. Encore une heure de route et voilà Chişinău.

Pour conclure.

Rien d’extraordinaire ne s’est donc produit, sauf quelques rencontres bien sympathiques ? Si : le résultat des élections. Les deux candidats principaux seraient second et troisième, un “outsider”, Eugène Chevtchouk, serait premier, suivi de Kaminskiy puis de Smirnov. Imaginez, en France, en 2012, Hollande second et Sarkozy troisième !

Un second tour est prévu pour le 25 décembre — en pays orthodoxe, avec le calendrier julien, Noël tombe le 7 janvier. On peut penser que Smirnov appellera à voter pour Kaminskiy s’il s’y sent contraint, mais, évidemment, rien n’est joué. Personne n’avait annoncé un tel résultat au premier tour.

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